1. Pourquoi avoir réédité Ce que j'ai vu à Moscou ?
Comme j’ai pu le dire ici ou là, je n’ai découvert l’existence d’Henri Béraud que très récemment. Rendus victimes d’une immense omerta, tout a été fait pour que l’on oublie l’écrivain et son œuvre. Fort heureusement, en 2023, j’ai rencontré Roland Thévenet, – universitaire et préfacier de nombreux ouvrages parus aux Éditions Meystre, – et nous avons réalisé depuis lors de nombreuses émissions. C’est par la suite que je me suis plongé dans l’œuvre de Béraud.
Ce que j’ai vu à Moscou[1] fut le deuxième ou troisième ouvrage que j’ai lu de Béraud et je fus très vite convaincu qu’il devait être réédité. Sa plume, ses observations, son regard fin et incisif permettent ou pourraient permettre à de futurs lecteurs de comprendre les origines puis les causes et conséquences de ce que l’on appelle communément le Soviétisme.
Henri Béraud est devenu, au fur et à mesure des années, un maudit et un infréquentable. Contrairement à Céline (à l’exception des trois pamphlets, of course), Béraud n’est pas vendu sous les bandeaux de Gallimard. Ce fut, à mon sens, deux arguments pour le rééditer et mettre en avant un authentique écrivain français.
Étant Suisse, j’ai un profond respect pour la France et sa littérature. En toute modestie, j’ai un certain goût pour la vérité. Or cet ouvrage est vraiment un indispensable pour comprendre le projet messianique du Soviétisme. Sans oublier, j’ai un attachement affectueux pour les écrivains des années 30, cette ambiance particulière et ce style. Nous vivons une époque qui tend à les reproduire.
2. Béraud fut l'un des premiers écrivains français à avoir découvert, et rapporté, la réalité du socialisme soviétique. Comment l'intelligentzia française a-t-elle réagi à la parution de son récit ?
Il fut l’un des premiers écrivains à se rendre sur place car le mur de fer était encore difficile à franchir. Grâce à sa réconciliation avec Herriot, il obtint, bien que difficilement, son passeport estampillé du marteau et de la faucille. Pour rappel, c’est surtout en tant qu’homme de gauche et défenseur du peuple qu’il se rendit en Russie soviétique et c’est ce voyage qui marqua un basculement dans son parcours intellectuel. Il revint finalement de son voyage convaincu de l’imposture du socialisme et du communisme. Ce voyage fut un turning point.
Les témoignages sont rares, notamment ceux de son ami Albert Londres, d’H.G Wells, Louise Weiss, Anatole de Monzie ou encore Charles Saroléa. Chose aussi à noter : il dédicacera cet ouvrage à Joseph Kessel, son meilleur ami, avec qui il se brouillera par la suite de manière définitive.
L’intelligentzia française est marquée par deux facteurs : le témoignage des émigrés russes et la propagande du parti communiste français. Bien entendu, les réactions ne sont pas les mêmes de part et d’autre : à gauche, Béraud est disqualifié comme « bourgeois imbus de son succès littéraire ». C’est une chose qui fâchera Béraud qui ne se sent pas bourgeois, étant fils de boulanger et amateur de la Bohème.
3. En quoi la lecture d'un livre portant sur le communisme, aujourd'hui disparu, vous paraît-elle importante encore aujourd'hui ?
Lorsque l’on lit les 32 chapitres, on ne peut s’empêcher de penser à notre époque car de nombreux parallèles sont possibles. L’histoire est linéaire, certes, mais avec de nombreux chapitres cycliques. Le communisme n’a pas disparu, il a changé de forme : village potemkine, conditionnement des esprits par les médias, cancel culture, wokisme, et autres lois iniques et liberticides. Il est donc essentiel de rappeler que les mêmes effets produisent les mêmes causes et que ce que nous vivons est dans la même logique belliciste qu’a pu vivre et décrire Béraud. Il est donc de notre devoir de réagir comme il le fit en son temps.
4. Quels sont vos prochains projets de parution ?
Deux ouvrages paraîtront à la fin du mois de janvier. Il s’agit, toujours sur une ligne classique, de l’ouvrage La vie intellectuelle rédigé par le Père dominicain Sertillanges et du roman L’isolée composé par l’Académicien René Bazin et préfacé par Roland Thévenet.
L’idée du père Sertillanges est la suivante : « On trouve parmi les œuvres de saint Thomas {…} Seize préceptes pour acquérir le trésor de la science. {…}
L’idée nous était venue de commenter les Seize préceptes, afin d’y rattacher ce qu’il peut être utile de rappeler aux hommes d’étude modernes. À l’usage, ce procédé nous a paru un peu étroit ; nous avons préféré procéder plus librement ; mais la substance de ce petit volume n’en est pas moins toute thomiste ; on y trouvera ce que dans les Seize préceptes ou ailleurs suggère le maître touchant la conduite de l’esprit. »[2]
Cet ouvrage est donc un commentaire approfondi et une explication brillante des Seize préceptes.
Enfin, je travaille sur deux ouvrages pour la fin du mois de février et deux autres pour la fin du mois de mars dont Les origines de la civilisation moderne de l’historien catholique belge Godefroid Kurth, La Suisse une et diverse de Gonzague de Reynold et enfin La conquête du pain d’Henri Béraud, œuvre romanesque. Si Dieu veut, les Éditions Meystre compteront une vingtaine de références d’ici la fin de l’année 2026.
[1] Henri Béraud, Ce que j’ai vu à Moscou, Éditions Meystre, 2024.
[2] R.P. Antonin-Dalamce Sertillanges, La vie intellectuelle, Éditions Meystre, 2026.
Propos recueillis par Louis Furiet pour les Écrits de Rome.

